que j’hésite pendant des heures entre “en-cas” et “collation” pour traduire snack. Tout comme il m’arrive de taper to set dans mon dico bilingue, en panne d’inspiration, ou mettre dans celui des synonymes, signe de déchéance totale, alors que mon regard se trouble devant les dizaines de solutions qui me font oublier ce que je suis réellement en train de chercher.
j’ai adoré. Pourtant, je n’ai jamais autant entendu parlé de gens qui déménageaient à Lyon, qui parvenaient à se faire une raison que Paris était tout de même une ville de désaxés (à certains niveaux, on est d’accord). C’est loin d’être la première fois que j’y mets les pieds, ni la première fois que j’y reste une certaine durée, et pourtant j’ai reconnu des charmes que j’avais complètement loupés les nombreuses fois précédentes…
Je suis rentrée avec le butin unique et provisoire de bleus un peu partout sur l’épiderme – tout est serré à Paris, et ma corporalité habituée au luxe qui est l’espace berlinois s’est cognée à tous les coins. J’ai rentré les épaules sur les trottoirs, hésité à passer avec le vélib entre deux Citroën excitées, manqué de rentrer dans les autres humains pressés du métro.
Et pourtant, je comprends. Je comprends que l’on veuille rester dans l’étroite grandiloquence de la ville qui se pérennisera lumière pour son élégance, son arrogance, sa polyvalence.
Et puis Paris est cher, mais pas que. Une de mes amies connaît si bien la ville qu’elle m’a donné envie de revenir avec une valise vide pour y faire mon shopping bonnes affaires (quel paradoxe). J’ai été accueillie comme un princesse, passé du temps avec de vais amis, de sorte à m’y sentir comme à la maison. De retour à Berlin, je me sens un peu comme après mon voyage à New York: au bout du monde, où tout est ralenti, encore sous le choc de la claque administrée par la frénésie de l’autre métropole, dans une ville que les habitants façonnent et non qui façonne ses habitants. Chez moi, certes, mais un peu perdue, sans doute parce qu’un petit bout de moi est resté là-bas…
que j’ai lu que les Local Natives mugissaient à l’introduction d’Airplanes pour se moquer de leur pianiste, car ils trouvaient qu’il avait concocté une balade pour minettes à la Coldplay (période post-Parachutes, s’entend). D’ailleurs, quand la batterie et la basse entrent en jeu, leurs beuglements évoluent en “yeah, alright” compréhensifs.
Bref. Me font marrer.
… que Solweig Rediger-Lizlow la pseudo-belge qui, en utilisant “à tantôt” comme catch phrase, l’emploie à mauvais escient…
… et j’ai aussi appris hier que les sardines pour planter la tente, en allemand ce sont des harengs (Heringe).
Hier soir, j’ai cru que le travail me laisserait croupir jusqu’aux petites heures, mais j’ai pu me libérer à 21h pour rejoindre deux amis au traditionnel Ankerklause pour une grande Alster bien méritée. Je me réjouissais de vider un peu ma tête, mais c’était sans compter les conversations qu’on peut avoir avec une juriste thésarde chercheuse en droit international pénal et humanitaire et un ingénieur spécialisé en construction de grands événements, passionnés par leurs boulots respectifs.
Tout d’abord, l’Ingénieur nous raconte qu’il vient de passer un mois à monter une exposition dans un hôpital psychiatrique près de Magdebourg. Ha-ha ? Dans cet établissement ont été réalisées toutes sortes d’expériences sur le corps humain, autant par les nazis que les communistes, je vous passe les détails. Une partie de l’exposition (temporaire ou permanente, je sais plus) traite de l’histoire de la psychiatrie, de quelques siècles avant J.C à nos jours. L’autre section expose le Aufarbeitungsarbeit auquel l’institut s’est attelé. Vous savez, ce concept intraduisible, non loin du “devoir de mémoire” mais à un niveau personnel de retravailler psychologiquement son passé de manière active pour savoir mieux vivre avec (moi français bien parler). Par exemple extrême, c’est de par ce travail qu’Auschwitz a été ouvert, et que les archives de la Stasi sont accessibles au public, genre. C’est un peu LA notion psycho-historique du XXe siècle pour l’Allemagne, et je trouve ça remarquable qu’elle continue à s’y confronter.
Ensuite, la Juriste nous explique qu’elle a passé la journée à rechercher si l’assassinat de Ben Laden par les Américains était illégal ou pas. En jouant sur les concepts de “combattants” et de “civils” et du néologisme controversé “combattant illégal”, je pense que la réponse est oui, que les Américains n’avaient aucun droit car les conditions spécifiques à l’état de guerre n’étaient pas réunies, et que le pays sur le territoire duquel le crime a été commis, le Pakistan, pourrait porter plainte.
Ensuite, on a bifurqué sur les drames festivaliers des dernières années. L’Ingénieur décrit comment le mot “Duisburg” prononcé d’un air entendu n’a plus besoin de clarification: il est synonyme d’irresponsabilité municipale, d’organisation policière inexistante. Les francophones ont-ils entendu parler du drame de la Love Parade l’année dernière ? Du côté des organisateurs, l’Ingénieur décrétait qu’à partir du moment où la ville avait donné ses tampons, c’est qu’elle prétendait avoir lu tous les rapports nécessaires avant de donner son autorisation. Le ton a monté avec la Juriste qui prétendait que, si la mairie avait donné son accord, les circonstances faisaient que les organisateurs sur place auraient dû réagir de façon professionnelle; mais en fin de compte les deux remettaient ça sur le dos de la police dont les membres ne pouvaient ni se joindre par radio, ni par ligne téléphonique débloquée pour eux en telle occasion, alors qu’ils étaient témoins de la panique.
Puis j’ai appris que dans les festivals, lors des tempêtes qui sévissent, ce n’est pas l’ouragan en lui-même qui est dangereux, si les organisateurs sont prévenus à la minute près des conditions météorologiques, mais c’est l’après-tornade. Quand l’accalmie revient, le plus difficile est de tenir les festivaliers occupés, sinon ils s’emmerdent, alcool et drogues dans le sang, et se mettent à allumer des tentes ou foutre le bordel par ennui.
Et puis on a parlé de Flux FM, qui remplace Motor FM, car l’un des directeurs créateurs du nom est parti en claquant la porte. He bien là je pouvais enfin participer à la conversation et j’ai dit que je trouvais ça bien triste. Faut dire que j’avais révisé 12h par jour cette semaine hein, m’en demandez pas trop.
L’été toucherait bientôt à sa fin, s’il avait commencé.
Mais bon, toutes les raisons sont bonnes pour faire le point.
J’avoue ici une de mes bassesses : j’ai longtemps et souvent réfléchi à recommencer un blog complètement anonyme. Le genre de journal de bord où je pourrais déverser toutes les ignominies sur les choses et les gens comme purgatoire nécessaire au tant soi peu de zénitude quotidienne. Je suis quelqu’un de potentiellement énervé, je monte facilement sur des chapeaux de roues car, selon ma disposition toute subjective, un rien m’agace. Puis m’est revenue la raison pour laquelle j’avais fini par mettre le lien de ce blog sur mon profil Facebook : car souhaiter l’anonymat signifie ne pas assumer totalement ce que l’on raconte. Bien sûr, vouloir partager ses coups de gueule et de coeur avec un public inconnu, espérer que ses propos résonneront chez les autres, aimer faire rire mais sans se mouiller, tout ça représentent de bonnes raisons de rendre ses écrits “publics” et incognito, mais j’ai décidé que ce ne serait pas le dessein de ce blog. J’ai tous les carnets du monde à remplir pour déverser mon venin, si l’envie m’en dit.
Mais, malheureusement, je pense que la parcimonie avec laquelle je poste sur ce blog est due en partie à cette envie (contrainte ?) d’assumer mes mots. Pas facile de rester irréprochablement intègre dans sa vie publique et de n’irriter personne.
Bon, cela dit, c’est la rentrée et, comme pour le nouvel an, le début du printemps et mon anniversaire, le 1er septembre est synonyme de ré-so-lu-tions :
- lire un livre par semaine
- commencer mon projet personnel de traduction (j’en reparlerai quand il aura avancé) : une après-midi par semaine
- me remettre à l’italien : deux fois par semaine
- reprendre le piano : deux fois par semaine (ce serait déjà pas mal)
et continuer
- d’écrire : dès que je peux
- de faire du sport (penser à m’inscrire à l’une des salles de sport près de chez moi pour les jours d’hiver où je n’aurai pas le courage de ma taper la plaine de Tempelhof en jogging…)
Moi, trop exigeante avec moi-même ?
(Bon et je les case où, les pots avec les coupines ?)
Je suis pleine de contrastes.
Je lis un Wired en écoutant la sonate op.100 pour piano, violon et violoncelle de Schubert;
je bois un coca light avec une barre de chocolat;
je hais perdre mon temps mais je tiens un journal intime;
je suis une nostalgique du présent
et me réjouis du passé;
je n’aime pas le bleu mais ma garde-robe regorge de marine;
je vis à Berlin mais ne connais pas l’Allemagne;
je ne supporte pas la menthe, uniquement dans le dentifrice et les mojitos;
j’adore chanter et jouer du piano, mais pas devant les gens;
je réalise mes meilleurs joggings les lendemains de guindailles, l’alcool dans le sang et la tête comme une enclume;
je suis une solitaire mais j’ai souvent des invités;
j’ai un nom hongrois mais n’ai jamais mis les pieds en Hongrie (le Sziget Festival ne compte pas vraiment);
je passe plus de temps à rédiger mes To Do Lists qu’à les exécuter;
moins je gagne, plus je dépense;
j’adore voyager mais je suis casanière;
j’écoute beaucoup de rock féminin et pourtant je hais le cliché que ça implique;
je suis traductrice et je pense que rien ne vaut une version originale;
ça me dérangerait pas que la Wallonie soit rattachée à la France, mais en fait si.
Et puis pour continuer dans mon manque d’inspiration, je vous offre une petite compile de mes photos préférées issues d’ici :
Sur ce, je m’en vais en Normandie pour le week-end.
Je pense que je vais arrêter de lire des rapports sur la situation du marché de la traduction, le statut du traducteur, et toutes les mésaventures découvertes sur d’autres blogs de traducteurs (toujours concernant la relation client-traducteur, bien entendu). Entre les agences qu’on dit exploiter ses freelances (je vous rassure, ce n’est pas toujours vrai), les clients qui dictent leurs prix, et ces derniers qui sont en baisse constante depuis dix ans, c’est juste bon pour vous donner envie de changer de métier. Une vidéo en raconte plus que toute autre plainte, j’ai trouvé celle-ci sur le sites des Piles intermédiaires, qui illustre parfaitement le comportement d’un client ordinaire et les stratagèmes qu’il utilise pour payer moins (“je suis sincèrement désolée mais nous n’avons que autant comme budget ; cependant réjouissez-vous, c’est une opportunité pour vous et je promets de vous payer mieux la prochaine fois [qu'il n'y aura pas, cela va sans dire]“.
Merci, Les Piles !
Les Allemands ne nomment pas le nom des notes quand ils chantent. Ils recourent systématiquement à une ribambelle de “tata”.
- Tu connais ce morceau ?
- Lequel encore ?
- Mais tu sais, “taa, taa, tataa, tatadadiiiidaaatataa”…
Du coup, leur interlocuteur met beaucoup plus de temps à reconnaître l’oeuvre que s’ils avaient énoncé les notes “doo sii la laaa, la si do miii réé”, d’autant plus s’ils ont la voix flanchante. Pour la petite fille modèle qui connaît son solfège que je suis, omettre le nom des notes, c’est un peu comme évoquer une couleur sans la nommer, en la suggérant, la montrant du menton. “Bleu”, en revanche, est unmittelbar. Dans un autre dessein, chanter correctement le nom latin des notes, ça leur en bouche un coin.
Je vis pour l’instant le revers de la médaille de l’indépendance, vous savez, tout ce dont on vous prévient avant que vous vous lanciez. Heureusement que l’été est pourri, heureusement.












